Futur du TravailIntelligence Artificielle

Comment l’intelligence artificielle va remodeler le travail de demain

La plupart des humains seront bientôt amenés à collaborer avec des intelligences artificielles dans leur travail quotidien. Pour qu’ils puissent tirer le meilleur parti de cette technologie, l’entreprise et la sphère éducative doivent se réinventer.

Robots et hommes

En 2013, une étude réalisée par deux chercheurs de l’université d’Oxford sur le futur du travail parvenait à une conclusion inquiétante. En effet, près de la moitié des emplois américains seraient, selon les chercheurs, susceptibles d’être automatisés suite aux progrès de l’informatique. Cette étude continue aujourd’hui d’être largement commentée. D’autres ont suivi, soulignant chaque fois le risque que le progrès technologique, et en particulier la montée de l’intelligence artificielle, ferait sur l’emploi. Avec, en toile de fond, la crainte d’un scenario similaire à celui dépeint dans la série française Trepalium, où seule une petite portion de la population bénéficie des fruits du travail tandis que le reste patauge dans la misère et le désœuvrement.  

Face aux récentes avancées spectaculaires de l’intelligence artificielle, il semble qu’aucune tâche ne soit inaccessible à celle-ci. Mais de nombreux spécialistes du domaine tiennent à enrayer la machine à fantasmes, soulignant les différences fondamentales qui existent entre intelligence humaine et artificielle. Dans son livre Des robots et des hommes, la chercheuse Laurence Devillers cite ainsi un trait d’humour de Gérard Berry, informaticien et professeur au Collège de France, médaille d’or 2014 du CNRS : « L’homme est lent, peu rigoureux et très intuitif. L’ordinateur est super rapide, très rigoureux et complètement con. »

Dans de nombreux domaines, hommes et machines seraient ainsi complémentaires plutôt que concurrents. Le futur du travail sera donc majoritairement composé d’hommes augmentés par les machines, et non remplacés par celles-ci. « Les humains et les machines sont différents. L’intelligence artificielle possède une grande puissance mathématique, elle peut traiter d’immenses quantités de données. Les humains, eux, sont excellents pour saisir le contexte. Face à un auditoire, nous savons instantanément que les personnes sont assises les unes derrière les autres. Un ordinateur ne voit que des pixels et n’a aucune notion de la profondeur de champ. » a expliqué Robin Bordoli, CEO de Figure Eight, une plateforme pour les sciences des données, lors d’une récente table ronde autour de l’IA à San Francisco.

santé connectée

« Dans le domaine médical, la plupart des applications tournent autour de l’imagerie. Il peut s’agir de repérer un cancer sur une radio, ou encore de dépister les signes de diabète dans l’œil d’un patient. L’objectif n’est pas de remplacer radiologues et ophtalmologues, mais de prendre en charge la partie la plus laborieuse et répétitive de leur travail, pour leur permettre de mieux se consacrer à leurs patients. » a complété Yarmela Pavlovic, avocate spécialisée dans la santé connectée.

Un secrétaire digital pour chaque travailleur

De nombreuses startups conçoivent des machines susceptibles d’assister les humains dans leur travail. Fetch Robotics commercialise des robots conçus pour porter des charges lourdes dans les entrepôts, tandis que les humains s’occupent de la mise en rayon.

Construit par Amazon Robotics, le robot Kiva est quant à lui taillé pour les entreprises de commerce en ligne. Il est capable de s’orienter dans un entrepôt, d’attraper des produits et de les apporter à ses collaborateurs humains, qui se chargent ensuite de les empaqueter pour la livraison. La jeune pousse Sense.ly propose quant à elle un assistant virtuel qui permet aux médecins de garder un œil sur chacun de leurs patients à distance, et de prendre la main si l’assistant détecte une anomalie. Le cabinet d’avocats BakerHostetler s’est, de son côté, doté d’un robot avocat chargé d’éplucher des centaines de dossiers et d’articles sur des cas similaires à celui qui sera plaidé et de transmettre toute information utile à l’avocat en charge du dossier. « L’équation devrait être que les métiers nécessitant empathie, variabilité et créativité restent le lot des humains et que les métiers pénibles, dangereux et répétitifs seraient remplacés par des machines. » résume Laurence Devillers dans Des robots et des hommes.

 

Dans l’entreprise, cette collaboration hommes/machines prend notamment la forme des assistants virtuels, programmes informatiques capables de comprendre et de reproduire le langage humain, ainsi que d’effectuer des tâches pour le compte de leurs utilisateurs. Les plus connus du grand public sont Siri, Google Assistant ou encore Alexa, des assistants virtuels généralistes conçus pour assister leurs utilisateurs dans diverses activités de la vie quotidienne. Dans le monde de l’entreprise, on trouve des assistants virtuels plus spécialisés, capables d’effectuer une activité précise à la perfection. Il s’agit, le plus souvent, de débarrasser le travailleur d’une tâche complexe, rébarbative et peu stimulante.

Astro, par exemple, permet de faire automatiquement le tri dans sa boîte mail, de repérer les messages importants et de se débarrasser automatiquement des spams et messages publicitaires. Findo aider à naviguer parmi ses emails, ses fichiers et son cloud personnel pour y trouver une information spécifique. Julie Desk automatise la prise de rendez-vous, Tiny Reminder permet aux designers indépendants de relancer automatiquement leurs clients, Leena assiste les ressources humaines pour traiter les requêtes des employés, Restless Bandit simplifie le recrutement… À travers ces différents programmes, chaque travailleur se voit ainsi doté d’un secrétaire personnalisé, qui lui permet d’accroître considérablement sa productivité.

Apprendre à apprendre

Toutefois, il va être nécessaire de mettre en place des mesures adéquates, à la fois au sein de l’entreprise et de la société, pour s’assurer que les progrès croissants de l’IA génèrent des retombées positives. Il s’agit, d’une part, de limiter les effets négatifs de l’automatisation, et d’autre part, de préparer les travailleurs de demain à collaborer avec les machines, pour maximiser les bénéfices apportés par ces dernières.

La structure de l’entreprise va ainsi devoir évoluer pour s’adapter aux nouvelles réalités du monde du travail induites par l’arrivée de l’IA. L’avènement de l’internet et du numérique ont déjà facilité le travail à distance et le recrutement de collaborateurs extérieurs pour travailler sur des missions spécifiques. En conséquence, le télétravail et le travail indépendant sont en augmentation constante. Aux États-Unis, on estime que le nombre d’indépendants dépassera le nombre de salariés d’ici 2027, et environ un quart de la population active  travaille régulièrement à distance. La démocratisation de l’IA va encore accentuer ces deux phénomènes. Ainsi, l’usage d’algorithmes pour le recrutement au sein des services de ressources humaines va simplifier encore l’embauche de contractants pour des missions ponctuelles, et renforcer ainsi le travail indépendant. L’emploi d’assistants virtuels va faciliter le fait de travailler à son compte, en automatisant les tâches administratives rébarbatives. L’utilisation de l’IA pour évaluer la performance va assouplir le management et faciliter le télétravail. Ainsi, l’entreprise de demain ressemblera moins à une structure monolithique, et davantage à une entité fluide, multipliant les relations contractuelles avec des indépendants situés à distance.

travail distance _ Entreprise du futur

La main d’œuvre va, elle aussi, devoir s’adapter aux changements induits par l’IA. Si certaines tâches vont être automatisées, d’autres vont être créées en retour, nécessitant des compétences qu’il est aujourd’hui impossible de prévoir. C’est pourquoi de nombreux experts affirment qu’il va devenir essentiel de cultiver sa capacité à acquérir de nouveaux talents. Ainsi, l’éducation ne sera plus cantonnée aux vertes années : il deviendra capital d’être capable d’apprendre toute sa vie durant. Nombreux sont ceux à l’avoir déjà compris, en témoigne l’essor des Massives Open Online Courses, ou MOOCs. Accessibles gratuitement en ligne, ils se présentent la plupart du temps sous la forme de vidéos, assorties d’outils de discussion pour échanger avec les autres étudiants.

Ils permettent ainsi d’acquérir de nouveaux talents même après avoir quitté les bancs de l’université. Les premières initiatives du genre ont d’ailleurs été conçues par des spécialistes de l’intelligence artificielle. Citons notamment Udacity, fondée par Sebastian Thrun, et Coursera, lancée par Andrew Ng. Ces deux plateformes de cours en ligne proposent également des « nanodiplômes », formations peu chronophages que les employés peuvent suivre en quelques mois pour obtenir un diplôme, le tout sans être contraints de quitter leur emploi.

Les entreprises auront une responsabilité à jouer en la matière : à leur charge de s’assurer que leurs employés ont la possibilité de continuer à se former pour s’adapter à un marché du travail en perpétuelle évolution. Elles pourraient, par exemple, proposer des horaires plus réduits aux individus suivant une formation pour obtenir un nanodiplôme, proposer une participation financière à leurs salariés pour leur permettre de se former, certifier les compétences acquises en travaillant ou encore tisser des liens avec les universités pour permettre à leur main-d’œuvre d’y suivre des formations.

cours en ligne_Entreprise du futur

Faire collaborer hommes et robots

En outre, l’apprentissage devra faciliter les synergies entre hommes et machines. Cela implique, d’une part, de cultiver les talents qui font la spécificité de l’humain par rapport à l’intelligence artificielle. « Aujourd’hui, l’éducation nous forme pour devenir des calculatrices. Or, la machine est bien meilleure que l’homme en calcul mental. Là où l’humain est compétitif, c’est sur la réactivité, la survie, la reconnaissance de formes, la polyvalence… Aucun super-ordinateur n’est aujourd’hui capable de s’approcher de la formidable intelligence multicanal de l’homme, qui mêle savoir, ouïe, odorat et gestuelle. C’est ce génie humain qui doit être cultivé par l’éducation et l’apprentissage. Ce sera bien plus utile que d’apprendre le code, qui sera bientôt effectué par des machines. » affirme Idriss Aberkane, auteur du livre Libérez votre cerveau !.

D’autre part, il faut apprendre aux humains à travailler main dans la main avec les machines. Des chercheurs de cinq grandes universités américaines, dont Berkeley et Stanford, près de San Francisco, ont ainsi mis en place un projet de recherche visant à étudier les meilleurs moyens de faire coopérer humains et robots. Ils bâtissent notamment des cas pratiques autour de la manutention et de la chirurgie, où ils planchent sur la manière optimale de partager les tâches entre homme et robot pour une efficacité maximale. Les entreprises NVIDIA, Scan Computers et Amazon ont quant à elle lancé un programme éducatif à destination des écoliers, qui vise à les familiariser avec l’emploi de logiciels d’IA. Il n’y a toutefois pas de raisons pour que les humains soient les seuls à faire des efforts. Depuis l’Université Carnegie Mellon, la chercheuse Manuela Veloso a ainsi a conçu des robots assistants capables de demander de l’aide et de s’expliquer en cas de défaillance, pour faciliter leur collaboration avec des travailleurs humains.

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