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La procrastination : dangereuse ou nécessaire ?

 » Demain est souvent le jour le plus chargé de la semaine  » – proverbe espagnol

À un moment ou un autre, malgré nos bonnes intentions, la procrastination s’empare de nous. Cet art de toujours remettre à demain existe depuis le début de la civilisation moderne et nous sommes nombreux à avoir déjà connu ces nuits blanches pour finir un travail pour le lendemain.

Il se peut même que vous soyez en train de procrastiner en lisant cet article (mais ça va, nous sommes content d’avoir retenu votre attention 😉 ).

les raisons de la procrastination

Pourquoi la procrastination ?

Pour comprendre ce phénomène, il faut d’abord penser au soi. En réalité, lorsqu’une personne procrastine, elle pense à sa personne sous forme du soi présent et du soi futur. Le soi présent, celui qui est actuellement confronté à la tâche attribue cette tâche au soi futur en raison de sa non-urgence.

Plusieurs raisons expliquent notre tendance à reporter des tâches importantes. Tout comme il existe différents types de procrastinateurs, il y a autant de raisons pour lesquelles nous cédons face à la procrastination :

  • Un manque de maîtrise de soi, d’autorégulation et de volonté. Selon plusieurs études, voilà un ensemble des raisons principales de ce phénomène. Les personnalités varient et, par conséquent, chacun travaille différemment. Certaines personnes ont naturellement plus de mal à s’auto-réguler. Il sera alors plus facile pour eux de céder à la procrastination que pour les personnes de nature plus concentrées et orientées vers leurs objectifs.

Selon Kelly McGonigal, psychologue et auteur de The Willpower Instinct, « la volonté, c’est la réaction à un conflit interne ».

Exemple : vous avez un article à rendre dans quelques jours, mais vous passez votre temps à nettoyer votre placard, faire une nouvelle playlist Spotify ou regarder des vidéos Youtube. Selon votre instinct de volonté et d’autodiscipline, vous pourrez vous arrêter de vous focaliser sur ces tâches parallèles non urgentes et vous concentrer sur celle qui demande réellement votre attention. Il s’agit là d’un conflit interne connu de nombreux d’entre nous : savoir qu’il faut accomplir une tâche, et pourtant passer son temps à faire autre chose !

  • Timing et récompenses. Cette raison renvoie à la distinction, précédemment abordée, entre le soi présent et le soi futur.  Vous savez probablement ou avez entendu parler du «test de guimauve de Walter Mischel» pour tester la volonté des enfants : un enfant est laissé dans une pièce avec une guimauve pendant une certaine période et si il arrive à s’empêcher de manger la seule guimauve qu’il a, il en recevra une autre à la fin de l’expérience. Comme vous pouvez l’imaginer, la majorité des enfants ont cédé à la tentation et ont mangé leur seule guimauve. Cette étude montre notre préférence pour une satisfaction immédiate sur les récompenses à long terme. Il en va de même pour nos tâches. Puisque nous savons que la récompense de la tâche est encore loin, nous manquons de volonté à accomplir cette dernière. Et hop, on la met de côté et on se met sur des choses qui offriront une satisfaction immédiate : grignoter, faire une sieste, consulter les réseaux sociaux, etc. Ce phénomène est expliqué par Tim Urban, créateur du blog Wait but Why, qui affirme que les procrastinateurs laissent le singe de gratification instantanée qui vit à l’intérieur de leur cerveau, les convaincre de faire tout ce qui va à l’encontre de la tâche principale.
  • Tâches non significatives ou désagréables. Lorsque l’on est confronté à des tâches difficiles, ennuyeuses ou pénibles, on a tendance à les reporter. Nous faisons ceci parce que ces tâches n’ont aucun sens particulier à nos yeux ; nous ne les gardons donc pas dans notre to-do list mentale immédiate. Parce que la tâche est ennuyeuse, difficile ou désagréable, on l’attribue tout simplement à notre soi futur.

procrastiner augmente la créativité

Mieux procrastiner pour plus de créativité  

Alors que la procrastination peut nuire à la productivité, plusieurs recherches montrent que ça peut être un signe de créativité. Tout comme certains sont procrastinateurs de nature, le contraire est également vrai. Il y en a pour qui le fait de reporter une tâche est comme une agonie. Ces personnes sont appelés précrastinateurs.

Steve Jobs, Leonardo Di Vinci et Bill Clinton, qu’est-ce que ces grands hommes ont en commun ? Ils se considéraient comme des procrastinateurs. Mais, pour ces personnes de type B, l’acte de procrastination est en fait un processus de réflexion. Ils sont pleinement conscients qu’ils ont une tâche à accomplir, mais choisissent délibérément de la reporter jusqu’à la dernière minute. En évitant de se précipiter sur le travail, ils laissent libre cours à leur imagination, se donnant ainsi du temps pour trouver la meilleure façon d’aborder la tâche.

Selon une recherche menée par le psychologue Bluma Zeigarnik en 1927, « le désir de compléter une tâche amène une personne à la conserver dans sa mémoire jusqu’à ce qu’elle soit terminée. »

Cette étude, parmi tant d’autres, démontre que la procrastination n’a pas que des effets négatifs. Cependant, la procrastination ne stimulera votre créativité que si vous l’utilisez de manière productive. Les créateurs et inventeurs peuvent, par exemple, se servir de ce phénomène pour développer leurs idées ; la plupart des projets créatifs ont besoin de temps pour se concrétiser pleinement. Cela dépend également de la personnalité de chacun et de sa capacité à gérer efficacement ce délai : la clé, c’est de ne pas laisser son esprit errer sans but !

Vaincre la procrastination

La procrastination n’est pas une science exacte ; il n’existe pas de règles spécifiques pour la vaincre, mais il est possible de maîtriser cette tendance à remettre à demain, ou du moins, apprendre à procrastiner de manière productive.

Pour ce qui est de l’autodiscipline et la volonté, vous pouvez utiliser la règle des 2 minutes. L’objectif de cette stratégie est de vous encourager à commencer les choses que vous devez faire. Comment ça marche ? Chaque nouvelle habitude devrait prendre moins de 2 minutes à commencer. Exemple : si votre objectif est de lire davantage ou de manger plus sainement, cherchez à lire une seule page ou à manger un seul fruit. Cette technique redirige votre cerveau qui se focalise sur une seule action plutôt que l’objectif final.

Une autre façon de combattre la procrastination, c’est de vous récompenser immédiatement pour une action prise, pour que le fameux singe de gratification instantanée soit heureux. Divisez votre tâche principale en plus petites étapes secondaires et à chaque étape franchie, accordez-vous une petite récompense. En plus de vous garder motivé, cette technique vous aide à accomplir votre tâche par petits bouts – voire même avant le délai accordé.

Et, pour procrastiner de manière productive, une fois vos tâches divisées en petites étapes, accordez-vous une pause “intentionnelle” – peut être avec la technique pomodoro. Pourquoi une pause “intentionnelle” ? Il faut planifier cette pause : décider combien de temps elle va durer et ce que vous allez faire pendant ce temps off. Vous allez ainsi acquérir une certaine clarté mentale pendant votre pause et vous allez vous empêcher de laisser votre esprit errer sans but et céder à toutes les distractions.

Que vous ayez tendance à travailler trop rapidement ou trop lentement, il y a des leçons à tirer de la procrastination. C’est à vous de l’utiliser à bon escient et à votre avantage.

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